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La vérité sur les législatives : la victoire du bloc bourgeois

Un vote de classe (presque) chimiquement pur

par Paul Soriano

20 juillet 2024, modifié le 20 juillet 2024

Législatives, suite et fin. Un minimum de sociologie électorale (la consultation des cartes du vote) rend parfaitement compte de la situation, au-delà des manœuvres et autres bouffonneries des uns et des autres.

Une coalition bourgeoise (Macronistes + NFP), renforcée par un vote communautaire musulman (vial LFI) l’a emporté sur un bloc populaire dit « national » (à tort, puisque le souverainisme a disparu). Il ne sert à rien de s’indigner en dénonçant les manœuvres de second tour car le vote de classe, lui, ne ment pas : lesdites manœuvres ont fortement accentué la victoire du bloc bourgeois, sans plus.
Mais si l’on suppose que les deux blocs sont à peu près à égalité (en nombre de voix), alors le « vote musulman » (plus les habituels « divers », droite, gauche, etc.) serait désormais en mesure de faire pencher la balance ; on le vérifiera quand un vrai parti communautaire (musulman) privera LFI de ces voix de circonstance.

Précisons. La grande et une partie de la moyenne bourgeoisie a voté pour les formations macronistes et LR résiduels ; une autre partie, ainsi que la petite bourgeoisie « progressiste » des métropoles, exerçant des professions dites « intellectuelles », a voté pour le mal nommé front « populaire ».
Le Rassemblement national, dont l’électorat est clairement « populaire » (voir la carte électorale, notamment du premier tour, moins affecté que le second par les combinaisons partisanes) est, avec le PS dans un moindre mesure, le seul parti qui a nettement progressé par rapport aux précédentes élections législatives… tout en restant minoritaire dans le pays : une victoire en forme de défaite.

Reste à rendre compte du travestissement des partis sous des dénominations fantaisistes, voire mensongères ? Les partis de l’oligarchie portent des noms un peu ridicules (En marche, Renaissance, Ensemble, Horizons…), sans doute parce que ce sont des trouvailles d’agences de communication ; en tout cas, ces niaiseries dissimulent mal leur identité (oligarchique) ; quand aux partis de gauche, ils semblent bien avoir renoncé aux suffrages du peuple mais s’affichent toujours « populaires » : alors qu’ils sont plutôt motivés par le « sociétal » (féminisme, écologie, droits des LGBT, wokisme…), ils continuent à tenir un discours social (retraites, pouvoir d’achat, etc.) visant surtout la petite bourgeoisie progressiste déclassée qui peine à « boucler les fins de mois » ; ce discours social parle également à l’électorat musulman (plutôt populaire, en niveau de revenus). Mais ce dernier, étranger au bloc bourgeois en termes d’intérêts de classe, de mœurs, d’opinions et d’habitat (ce qui permet de le situer assez précisement) est appelé à déserter LFI, aussitôt qu’un vrai parti communautaire (musulman) émergera sur la scène politique.
Il reste que ces travestissements sont d’autant plus puérils que les électeurs, eux, savent très bien pour qui et pour quoi ils votent (vote de classe, vote communautaire…). Il savent aussi que les mesures sociales (âge de la retraite, augmentation du SMIC, blocage des prix…) n’ont aucune importance dans un monde où ce ne sont plus les dirigeants politiques, pas même les dirigeants américains qui décident : le blocage des prix peut fort bien entraîner celui des… livraisons (la Hongrie en a fait l’expérience) ou celui du financement de la dette « souveraine »…

Mais l’événement majeur de ce carnaval tardif est passé totalement inaperçu : a savoir la disparition du « souverainisme » dans le paysage politique français, à gauche, comme à droite, puisque le RN se « mélonise » rapidement, i.e. suit la voie du ralliement à l’hégémonie euro-américaine (« occidentale ») empruntée en Italie par Giorgia Meloni.

Pour le coup, le seul parti qui a discrètement triomphé le 7 juillet, c’est le parti de l’étranger. En d’autres termes : le bloc bourgeois, as usual.


La reconduction (triomphale aussi) d’Ursula complète le tableau. Jean-Francis Pécresse (« Le bon visage de l’Europe » dans Les Echos), presque aussi enthousiaste que Manon Aubry (LFI), tempère : « Sans doute peut-on lui faire grief de son penchant atlantiste, de son tropisme germanique et de son sens poussé de l’initiative personnelle. » Autant de « griefs » qui auraient dû l’éliminer : elle a donc, logiquement, été reconduite.

Messages

  • Il s’agit pour moi d’une victoire à la Pyrrhus. Le bloc bourgeois est en effet celui que forment en France les partisans du statu quo politique. Il n’est pas nouveau, c’est celui du centre de la fameuse omelette d’Edouard Herriot, l’inventeur de l’expression « français moyen », celui qui a « le coeur à gauche et le portefeuille à droite ». Herriot, ce radical si peu radical avec un pied à gauche et un pied à droite et son robuste embonpoint devant, voyait dans cet appétissant centre de l’omelette la clé des victoires électorales de ceux qui devront toujours en rejeter les deux extrémités. Après bien d’autres, à savoir tous les présidents de la 5 ème hormis de Gaulle et Mitterrand entre 1981 et 1983, Juppé, explicitement et tout récemment a fait sienne cette métaphore et sien ce conseil d’Herriot, bien suivi par le bloc central des macronistes allés aux centristes qui ne sont « ni de gauche ni de gauche » comme disait Mitterrand, incluant aussi les socialistes de gouvernement depuis 1983, tournant de la rigueur. Ce qui n’est pas étonnant, tous en fait appartenant à la « droite orléaniste », la droite des affaires et de la bourse des valeurs bien identifiée par René Raymond aux côtés de la « droite légitimiste », la droite des valeurs morales et de la « droite bonapartiste », celle des valeurs de l’Ordre. Le problème très grave de ce bloc bourgeois réside aujourd’hui dans le rétrécissement électoral du centre de l’omelette, provoqué par la paupérisation relative et même maintenant absolue de la majorité de la population française frappée par le rouleau compresseur de la mondialisation des échanges dans un monde néo-libéral dérégulé, celui du « renard libre dans le poulailler libre ». Cette implosion du centre de l’électorat va obliger les forces du bloc bourgeois à se résigner au retour de l’Etat-Nation dans une Europe confédérale d’Etats souverains, option optimiste ou bien, option pessimiste, à se crisper et à verser dans un autoritarisme appuyé sur l’extérieur, rappelant celui de Vichy ou celui de la réaction nobiliaire peu avant la Révolution, porteur de tous les dangers.

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